الجمعة، 25 ديسمبر 2015

La démocratie aujourd'hui sakhainacer@gmail.com , sakhai62@gmail.com

La démocratie aujourd'hui
(…) La démocratie ne va pas de soi. Gouvernement du peuple par le peuple, il n'est pas évident qu'elle soit une valeur, ou une valeur absolue. Car on peut faire de la démocratie une critique de "gauche" ou de "droite". Une critique de droite consisterait à y faire voir un mauvais système de gouvernement, une contre-valeur absolue et le signe d'une déchéance politique au regard, par exemple, de la monarchie de l'aristocratie ou de l'oligarchie. On trouve un bon exemple d'une telle critique dans la République de Platon. Une critique de gauche, par contre, commencerait par faire sienne l'exigence égalitaire qui fonde tout système démocratique, pour en montrer cependant aussitôt les limites. L'égalité de droit n'est qu'une égalité formelle ; il reste à lui donner un contenu concret, à la traduire matériellement dans la réalité sociale et économique. De cette critique de "gauche", on trouve non seulement un exemple, mais l'illustration jusqu'ici la plus éloquente, chez Marx et dans la tradition marxiste.
Toutefois, au-delà de la critique théorique, qu'elle soit de "gauchée ou de "droitée (et toutes réserves faites sur le sens que peuvent avoir aujourd'hui ces notions, peut-être un peu trop commodes, et d'une fausse simplicité, de "gauche" et de "droite"), l'expérience historique accumulée au cours des derniers mois dans les pays de l'Est et dans quelques pays du Tiers-Monde, dont le Bénin a brutalement remis à l'ordre du jour la question de la démocratie. D'un mot, je dirai simplement qu'on ne peut plus aujourd'hui avec la même assurance, même si l'on est marxiste, surtout si l'on est marxiste, écarter d'un revers de main l'exigence démocratique sous prétexte qu'elle serait bourgeoise ou petite-bourgeoise ; et que la marche réelle de l'histoire oblige à prendre en compte l'aspiration universelle des peuples à la liberté et à la responsabilité. Je dirai que cette exigence s'impose aujourd'hui à tous, par delà le heurt frontal des idéologies, et qu'elle oblige à repenser la fonction même de l'idéologie en général, des idéologies révolutionnaires en particulier, dans l'histoire des hommes ; qu'elle appelle, plus exactement, une réflexion sur l'idéologisme, comme abus et perversion de l'idéologie, enfermement dans l'idéologie, mystification conscient ou inconsciente au moyen et sous l'effet de mirage des valeurs idéologiques. (. . .)
Mais il faut admettre, d'autre part, qu'entre l'idéologisme et son contraire, entre le délire verbal et l'empirisme tâtonnant, il y a place pour l'analyse : pour l'analyse concrète des situations concrètes, c'est-à-dire, finalement, pour une théorie qui permette de comprendre les mécanismes de l'exploitation, l'origine et les formes de reproduction de l'inégalité, afin de les combattre ou, tout au moins, de les corriger.
Une bonne compréhension de l'exigence démocratique et de ses implications concrètes dans le Bénin d'aujourd'hui suppose en outre une critique de la quotidienneté, qui reste à faire. Il faut analyser, en particulier, les mécanismes subtils de psychologie collective par lesquels tout un peuple intériorise progressivement les valeurs mêmes qui l'oppriment.
Nous avons tous eu peur, à un moment ou à un autre, nous avons appris à taire notre révolte intérieure, à nous incliner devant l'injustice et l'arbitraire. Nous avons appris à "avaler des couleuvres" accepter l'inacceptable, et faire de nécessité, vertu. Nous avons même pris l'habitude de quémander comme des faveurs des droits qui comptaient parmi les plus naturels et les plus imprescriptibles. Ainsi triomphent les dictatures, avec la complicité des victimes. Et si la démocratie est un défi c'est peut-être d'abord pour cela : parce qu'elle suppose non seulement l'affrontement de la machine répressive, la dénonciation sans complaisance et la lutte pratique contre la barbarie triomphante, mais aussi, mais d'abord, que nous fassions sur nous-mêmes le travail intérieur préalable nécessaire pour nous libérer de la peur et devenir enfin ce que nous n'avons peut-être jamais été : nous-mêmes.

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